samedi 23 février 2013

Feu, lumière et lucidité

La Mathématique est une difficile entreprise de lucidité
La Physique est une patiente analyse de la lumière
Toutes deux guident l'Homme dans sa maîtrise du feu

//ajout du 24/03/13
En écho anecdotique à cet aphorisme (inspiré par le souvenir de propos tenus par Daniel Sibony dans une émission dont nous avons déjà parlé ici) voilà un commentaire en anglais, déposé sur un blog connus de nombreux physiciens (et cher aux cordistes) à propos d'un sujet dont nous allons vite reparler :
Hands and eyes are helpful for brain just like physics and math for scientific knowledge or fire and ligth for humankind (I am pretty sure), big mouth and highbrow are dispensable (I guess) ...
La critique s'adresse ici non pas à l'auteur du blog The Reference Frame mais à un autre commentateur du même billet aux propos caricaturaux (sinon puérils) sur une possible hiérarchie entre mathématiques et physique...

jeudi 17 janvier 2013

La physique théorique est un rêve périmathématique ...

... entre intuitions formelles ou expérimentales, qui n'a de sens qu'au réveil à travers la mesure et la preuve.



//Travail de réécriture du 29/08/2013 : ajout du préfixe péri...

mardi 4 décembre 2012

Le mathématicien (ne) peut (pas) se passer du physicien (pour intégrer le réel parmi les imaginaires possibles)

Clin d'oeil à un billet écrit sur un blog compagnon ...
La réflexion du titre est inspirée par une citation d'Alain Connes extraite d'un film projeté lors de l'exposition : MATHEMATIQUES un dépaysement soudain à la fondation Cartier , Paris 2011


" ... le réel physique n'est rien d'autre que la superposition de possibles imaginaires ..." 

Réplique à un billet écrit dans ce blog ci :
Et si les physiciens avaient commencé à forger les bons outils pour attaquer la correspondance de Langlands ... avant les mathématiciens? Voici en tout cas un extrait d'un texte de Daniel Bennequin qui alimente le débat:



mercredi 29 août 2012

L'amateur est derrière l'écran et l'enchanteur devant, ou l'inverse ...

Un bilan personnel de l'été 2012
En lisant les billets écrits jusqu'à présent sur ce blog ci, ou sur l'ébauche de celui-là et plus sûrement encore sur ce dernier, on aura compris que je suis un simple amateur de (l'application de la) géométrie non-commutative (à la physique). Un amateur, comme on l'est de musique ou de mathématiques sans nécessairement être musicien ou mathématicien professionnel mais quand même physicien de formation; un amateur donc, qui se pique de suivre l'actualité savante parce qu'elle est maintenant accessible au plus grand nombre et qui prend plaisir à diffuser à tous la joie de la découverte rapportée par les plus grands, que ce soit récemment dans ce blog en anglais pour Alain Connes ou dans celui-ci (en français) pour Cédric Villani.

Comme un enfant sur les épaules d'un ou deux géants
"Petit" j'ai été plongé par une délicieuse fée radiophonique dans un bain d'idées étonnantes qui ont été semées par le vent de la physique avant d'être récoltées dans le champ des mathématiques. L'histoire de la théorie des cordes est duale de celle de la géométrie non-commutative de mon point de vue. Ici au Collège de France c'est un mathématicien (A. Connes), là-bas à Princeton c'est un physicien (E. Witten) qui ont accompli, chacun à sa manière, une partie du travail. Le hasard de la géographie m'a permis de suivre quelques cours du premier, malheureusement jamais du second. Je connais donc encore moins bien une théorie que l'autre, mais cet été a distillé en moi suffisamment de confiance pour osez monter sur les épaules de ces deux géants et explorer avec eux de nouveaux espaces!

Voici pour finir une vidéo de chacun de ces géants

  • celle du mathématicien Alain Connes qui (ré)enchante à chaque fois le physicien qui vibre en moi par sa puissance évocatrice et sa spontanéité :



  • celle du physicien théoricien Edward Witten toujours fascinant par la clarté de ses exposés et le soin extrême qu'il apporte à son expression orale :




samedi 25 août 2012

Essai de platonisme absolu (ou naïf) : et si les mathématiciens avaient trouvé le Higgs avant les physiciens ?


Tout commence avec une démonstration du Lemme fondamental et l'évocation de mystérieuses fibrations de Hitchin qui auraient des liens avec la physique mathématique d'après cet article du site Images des mathématiques.
L'investigation se poursuit avec la lecture d'un premier article de celui qui a prouvé le Lemme fondamental Ngô Bao Châu puis d'un second plus récent qui trace la route ouverte par la démonstration précédente (le programme de Langlands). Dans une référence bibliographique on découvre l'expression Higgs bundles soit fibrés de Higgs !
On passe à l'article fondateur (en anglais) de Hitchin et là surprise le vocabulaire change : on y parle d'équations de Yang Mills, de solutions physiques de types instanton et monopole magnétique puis de champ de Higgs ! Les perspectives ont bougé, le physicien semble retrouver un paysage familier. 
Mais alors la question cruciale maintenant est : le champ(s) de Higgs de la physique est-il identique à l'objet mathématique inventé par Hitchin ?
Après moult recherches on découvre sans y croire tant notre question était naïve à nos yeux que quelqu'un d'autre se l'est posée aussi et nous en parle, c'est Edouard Witten en personne dans cet article dont voici l'extrait qui nous a décidé à écrire ce billet :


MIRROR SYMMETRY, HITCHIN’S EQUATIONS, AND LANGLANDS DUALITY

...
Remark 2.1. As an aside, one may ask how closely related φ, known in the present context as the Higgs field, is to the Higgs fields of particle physics. Thus, to what extent is the terminology that was introduced in Hitchin (1987a) actually justified? The main difference is that Higgs fields in particle physics are scalar fields, while φ is a one-form on C (valued in each case in some representation of the gauge group). However, although Hitchin’s equations were first written down and studied directly, they can be obtained from N = 4 supersymmetric gauge theory via a sort of twisting procedure (similar to the procedure that leads from N = 2 supersymmetric gauge theory to Donaldson theory). In this twisting procedure, some of the Higgs-like scalar fields of N = 4 super Yang-Mills theory are indeed converted into the Higgs field that enters in Hitchin’s equations. This gives a reasonable justification for the terminology.

Hitchin, N. J. (1987a), ‘The Self-Duality Equations On A Riemann Surface’, Proc. London Math. Society (3) 55, 67.

Pour finir, rien de mieux que célébrer avec Michael Atiyah, Robbert Dijkgraaf et Hitchin les étonnantes interactions de la Géométrie et de la Physique qui ont lieu aujourd'hui sous nos yeux.

samedi 16 juin 2012

Sur les traces du premier spectre ...

Si l'on en croit cette conférence de Jean Mawhin éminent mathématicien belge spécialiste d'analyse, la première trace écrite du terme "spectre" apparaît dans une lettre d'Isaac Newton datée de 1672. Le célèbre physicien et mathématicien anglais, père de la science moderne, y décrit son questionnement à propos d'une expérience d'optique (déjà classique à son époque) où la tache circulaire et uniformément blanche d'un rayon de soleil projeté sur un mur se trouve soudainement étalée en un pinceau lumineux aux couleurs de l'arc en ciel lorsqu'on interpose un prisme de verre sur le trajet de la lumière. Voici dans cet extrait d'un texte en anglais ce qu'affirme précisément Mawhin :



D'après le même auteur (et l'information est confirmée ailleurs) la première occurrence du terme dans un contexte mathématique apparaît chez l'autrichien Wilhelm Wirtinger en 1897 à propos d'un travail sur l'équation différentielle dite de Hill. Le mot spectre acquerra au début du XX siècle une place de choix dans le corpus mathématique avec David Hilbert, fondateur de la théorie spectrale des opérateurs. C'est au travail d'historien du mathématicien français Jean Dieudonné qu'on doit cette information semble-t-il :



//ajout du 03/12/19
Voici le lien vers la lettre manuscrite de Newton dans laquelle apparaît pour la première fois le terme "spectrum" dans son acception physique :


  Comparing the length of this coloured Spectrum with its breadth, I found it about five times greater; a disproportion so extravagant, that it excited me to a more then ordinary curiosity of examining, from whence it might proceed. I could scarce think, that the various Thickness of the glass, or the termination with shadow or darkness, could have any Influence on light to produce such an effect; yet I thought it not amiss, first to examine those circumstances, and so tryed, what would happen by transmitting light through parts of the glass of divers thicknesses, or through holes in the window of divers bignesses, or by setting the Prisme without so, that the light might pass through it, and be refracted before it was terminated by the hole: But I found none of those circumstances material. The fashion of the colours was in all these cases the same.

transcription of A Letter of Mr. Isaac Newton, Professor of the Mathematicks in the University of Cambridge; containing his New Theory about Light and Colors: sent by the Author to the Publisher from Cambridge, Febr. 6. 1671727172; in order to be communicated to the R. Society.
 


Et voilà le lien vers l'article original de Wilhelm Wirtinger sensé être le premier où figure l'emploi du terme spectre ("Bandenspectrum" pour être plus précis me semble-t-il) en mathématique.



vendredi 27 avril 2012

Des diaboliques diagrammes de Feynman aux angéliques dessins d'enfants de Grothendieck ...


... Est-ce le cœur de la physique qui résonne dans le cœur des mathématiques
ou le cœur des mathématiques qui se révèle au cœur de la physique ?

Pour se faire une idée de la pertinence de cette question je propose de suivre la direction évoquée dans le titre de ce billet et de tracer ci-dessous un parcours de lecture possible dans le jardin des mathématiques à la physicienne qui se dessine peu à peu au fil de ce blog :
  • un point d'entrée idéal dans ce "jardin merveilleux" pourrait être ce chapitre du cours informel d'Yves André sur les mathématiques contemporaines s'adressant à des musiciens lors d'un séminaire mamuphi (une version ultérieure, un peu plus formelle car destiné à des professeurs de mathématiques, se trouve ici). On y découvre dans le dernier paragraphe que le lien mystérieux entre diagrammes et dessins est une structure fondamentale appelée groupe de Galois cosmique ou absolu ... selon que son cœur penche pour la physique ou les mathématiques pourrait-on presque dire. Pour reprendre les mots d'André on peut dire que le groupe de Galois absolu code les propriétés de toutes les équations algébriques à coefficients rationnels à la fois et que Grothendieck a proposé de décrire ce groupe au moyen de notions graphiques « si simples qu’un enfant peut les connaître en jouant »; quant-au groupe de Galois cosmique c'est un groupe de symétrie qui porte sur les constantes fondamentales de toutes les théories quantiques des champs renormalisables. C'est-à-dire des théories dont on peut extraire systématiquement "du (dé)fini à partir de l'in(dé)fini" grâce à des règles combinatoires sur des graphes (les fameux diagrammes qui codent les intégrales divergentes de Feynman),
  • afin de gouter les plaisirs simples de la géométrie en image et se faire une idée plus concrète de la théorie des dessins d'enfants  il ne faut pas rater cette introduction très claire d'Alexander Zvonkin,
  • pour découvrir de manière élémentaire les diagrammes de Feynman qui sont les icônes de la physique théorique du XXème siècle, il faut profiter de ce travail collaboratif exemplaire (en anglais) de blogueurs physiciens des particules et grands utilisateurs de cet outil complexe,
  • mais si l'on veut vraiment rentrer dans le cœur du problème on doit oser se plonger dans un article de synthèse fondateur (en anglais) d'Alain Connes et Mathilde Marcolli qui présente rigoureusement le lien entre les calculs d'intégrales de Feynman et la théorie des motifs de Grothendieck. Le texte est d'une extraordinaire technicité mais au moins l'introduction brosse un panorama très vaste du champ des possibles pour le chercheur ou le passionné du lien entre physique et théorie des nombres, 
  • pour connaître plus intimement quelques acteurs actuels de ce sujet de recherche il faut consulter un vrai blog de mathématiques à l'état de l'art et en particulier ce billet et son commentaire (on découvrira au passage ce qui a partiellement "motivé" ce billet ci),
  • il reste à expliciter ce qui se cache derrière les qualificatifs angéliques et diaboliques choisis dans le titre. C'est une référence à la Figure et au Nombre, autrement dit "Zahlen und Figuren", titre d'un  texte de réflexion (en anglais) de Yuri Manin qui évoque l'ange de la géométrie et le diable de l'algèbre cher au grand mathématicien allemand Hermann Weyl.
Pour en savoir un peu plus sur la figure hors norme de Grothendieck, il est intéressant de lire le témoignage de deux mathématiciens de générations différentes qui l'ont bien connu :
  • celui de Pierre Cartier qui est en passant le mathématicien qui a conjecturé l'existence du groupe de Galois cosmique dans cette conférence,
  • celui de Luc Illusie, au ton plus personnel et émouvant, présente en particulier l'intérêt de contenir la citation suivante: " He [Grothendieck] had also started thinking about other topics: physics (he told me he had been reading books by Feynman), biology ...". C'est à ma connaissance la connexion la plus littérale qu'on puisse faire entre ces deux géants aux biographies si différentes.
Bon cheminement ...